Sériphos la cubiste

Sériphos dans la mythologie

Il n’existe pas une seule île grecque qui n’ait pas son mythe. Sériphos n’y échappe pas. Danaé, fille d'Argisios roi d’Argos dans le Péloponnèse, tombe amoureuse de Zeus et met au monde leur enfant, Persée. Argisios, furieux et n’acceptant pas la naissance de Persée, enferme Danaé et le nouveau-né dans un coffre et le jette dans la mer. Après un long périple, le coffre arrive à Sériphos. Dictys, un pêcheur de l’île, le trouve et accueille la mère et l’enfant chez lui. Mais le roi de Sériphos, Polydectès tombe amoureux de Danaé et juge inacceptable qu’un de ses sujets héberge chez lui une femme aussi belle. Pour se débarrasser de Persée devenu un homme, Polydectès l’envoie tuer Méduse et lui demande de rapporter sa tête. Méduse était une de trois Gorgones, mais la seule mortelle, avec une chevelure entrelacée des serpents. Son regard pétrifiait ses victimes et Polydectès espérait que Persée trouverait la mort. Il pensait par la suite obliger Danaé à quitter Dictys et à s’installer dans son palais. Mais Persée tua la Méduse, il revint avec sa tête à Sériphos et obligea Polydectès d’abdiquer et nomme à sa place Dictys, le pécheur qui lui avait sauvé la vie.

Au sommet de Chora 2

Les mines de fer et les luttes des travailleurs

Depuis l’Antiquité, la richesse de Sériphos réside dans ses mines de fer (metalia en grec), au sud-ouest de l’île. Ce fut l’une des raisons pour laquelle l’île fût toujours une pomme de discorde pour les puissants de la Méditerranée orientale. Pendant les guerres médiques au Ve siècle av. J.-C., les Perses ont maintes fois essayé de s’y installer, mais ils  se heurtèrent chaque fois à une résistance farouche de ses habitants. L’île est ensuite devenue l’enjeu  entre les « deux grands » de l’époque : les Athéniens et Spartiates. Sériphos choisit de rejoindre le clan athènien. Par la suite, l’île passe aux Macédoniens à qui les Ptolémées succédèrent. Les Romains arrivèrent en 146 av. J.-C., l’Empire byzantin succéda aux Romains jusqu’à l’arrivée des Vénitiens qui laissèrent à leur tour l’île aux Ottomans au XVe siècle. Sériphos retrouve l'indépendance en même temps que la Grèce, en 1829.

À partir du milieu du XIXe siècle, l’île garantit au nouvel État hellène un revenu et des profits considérables. La Société des mines de Seriphos-Spiliazeza, une compagnie française, exploitait les mines, mais les conditions de travail étaient déplorables. Les mineurs restaient sous terre parfois jusqu’à 16 heures par jour dans des conditions inhumaines et éprouvantes. En 1916, la grève générale provoque la mort de quatre mineurs et de trois gendarmes et un grand nombre des blessés. Par peur que le mécontentement des mineurs se propage sur d’autres sites du continent grec, le gouvernement oblige la société française à faire des concessions : augmentation des salaires et introduction pour la première fois du travail de 8 heures par jour. La société a cessé ses activités sur l’île en 1960. La fermeture des mines, source du travail et de richesse, provoque une émigration massive des Sériphiotes vers le Pirée ou à l’étranger.

Kastro donne la meilleure vue du port de Sériphos. L'île en face est Sifnos
Kastro donne la meilleure vue du port de Sériphos. L'île en face est Sifnos

Du côté de la cuisine

Contrairement aux autres îles des Cyclades, Sériphos a la chance de posséder des nappes phréatiques abondantes. On trouve des pâturages autour du port que les habitants appellent Livadi et à l’intérieur de l’île où l’agriculture offre de bons produits aux tables locales. L’élevage de caprins est produit une viande savoureuse. Ne laissez pas passer l’occasion de goûter au kokkinisto,  un plat à base de viande de chèvre de l’île. Ils le préparent avec des kritharaki, des pâtes « langues d’oiseau ». Les herbes aromatiques (thym, origan, romarin, fenouil etc.) se retrouvent dans toute la cuisine sériphiote. Plat typique de l’île, la soupe au pois chiche (revithada ) se prépare dans une cocotte au four (skepastaria) avec de l’oignon, de l’huile d’olive, du thym et du romarin. On ajoute un peu de jus de citron en fin de cuisson. Goûtez aussi les boulettes de  fenouil (marathokeftedes) un plat consistant et très répandu dans les Cyclades.

La Revithada Skepastaria est prête

Les Sériphiotes ont la réputation d’être de très bons pêcheurs. En général, le poisson arrive aux restaurants directement depuis les bateaux et les caïques du port. Grillés, ils sont délicieux. L'île produit aussi son propre tsipouro, l’eau de vie grecque, que vous pouvez goûter dans tous les restaurants de l’île. Vous le trouver dans les menus sous le nom de suma.

De la mère directement dans la cuisine

Le cubisme de Chora, la capitale

La Chora de Sériphos est une des plus belles villes des Cyclades. Les attaques arabes pendant le VIIe siècle ont poussé les Sériphiotes à trouver refuge au sommet du mont Troullos qui domine l’île. Kastro (château en français) est la partie la plus ancienne et la  plus impressionnante de Chora. Les maisons y sont accrochées à un rochet, l’une contre l’autre, comme des petites boîtes carrées ou rectangulaires. L’exemple parfait de l’urbanisme cubiste des îles grecques. La desserte ne se fait que par des escaliers étroits, comme dans un labyrinthe. Visitez les trois églises qui dominent le sommet du Kastro. La vue sur le port, sur les autres îles au loin et sur la mer Égée y est surprenante. Continuez ensuite vers Ano Piatsa, la place de la mairie. Des cafés, bars, restaurants et boutiques minuscules s’articulent autour de la  place. L'hôtel de ville est un bâtiment construit en 1907 par l’architecte allemand Ernst Ziller.

Chora Ano Piazza

Les plages

Si les Cyclades organisaient un  concours pour couronner les plus belles plages de l’archipel, l’île de Sériphos serait probablement finaliste. Ses plages sont nombreuses et accessibles à pied, en voiture ou avec une moto. Le port de Sériphe que les habitants appellent Livadi est une baie profonde et charmante. Deux plages près du port, Potami et Livadaki donnent un accès immédiat à l’eau cristalline. La très belle plage sableuse de Psili Ammos, sur la côte nord-est, dispose de deux tavernes sympathiques, si vous avez un creux entre deux plongeons. Koutalas et Kato Ambeli se trouvent, elles, au sud. Sykamia, au nord, est une de plus jolies plages, à laquelle on accède facilement en moto.

La Plage Ramos
La Plage Livadi

Carnet d'adresses

  • En général les restaurants et les tavernes sont des entreprises familiales. Les fils ou les filles succèdent à leurs parents en cuisine : la meilleure façon de perpétuer une tradition culinaire familiale. La promenade touristique commence au Livadi, autour du port avec des restaurants, tavernes, bars et pâtisseries qui sont plus chers par rapport aux autres situés dans les axes secondaires.
  • Kalis : Cuisine grecque élaborée. Les poissons et la soupe de poissons sont les protagonistes. Cuisine gourmande mais coûteuse. T : +30 22810 52301.
  • Stamatis : un peu éloigné du port. Stamatina, la belle-fille de Stamatis, continue la tradition de poissons grillés et des boulettes au fenouil. Son fils pêche les poissons qui figurent au menu de la taverne. Prix modérés. T : +30 22810 51309.
  • Kiklopas : la taverne qui propose le meilleur menu de Livadi. Alexandra, la maîtresse des lieux, perpétue avec respect la tradition familiale. Elle prépare les pois chiches au four en les laissant mijoter pendant 24 heures. Son kokkinisto est le « must » de Sériphos. Prix modérés. T : +30 2281051330.
  • Tootsie : en face de Kiklopas, fait un très bon souvlaki depuis 1976. +30 22810 51343.
  • Anemos : le café-bar avec la plus belle vue sur le port. Il reste ouvert jusqu’à l’aube. T : +30 22810 51783.
  • Yacht Club Serifos : une atmosphère détendue juste en face de la mer. T : +30 22810 51888 www.yachtclubserifos.gr
  • Louis : Vassilis le fils de Louis, fondateur de la taverne, prépare des pois chiches au four et des fèves à l’huile d’olive avec des câpres. Le vin est fait maison. T : +3 22810 51325 et +30 6944167292.
  • Stou Stratou : le propriétaire est un Crétois qui a tellement aim l'île qu'il y a ouvert un café, l'un des plus sympas. T : +30 2281052566.
  • Marathorisa : La chef de ce restaurant, Paraskevi, a appris par cœur les recettes de sa grand-mère Sa pita au fenouil et les câpres cuites à l’oignon et la tomate (kaparokoumba, recette typique de Sériphos et de Sifnos) sont des délices qui s'accompagnent d'une magnifique vue sur la mer. La taverne se trouve à l'entrée de Chora. T : +30 2281052656.
  • Anemi : Thalia vient de Macédoine et a ouvert une toute petite boutique de bijoux et de chemises. Tous les bijoux sont faits à la main par ses soins. T : +30 6947672167.
© Photo principale et photos de l'article Dimitrios Machairidis