Le quartier des Français de Thessalonique

Thessalonique, et surtout son centre historique, est plein de surprises. Le quartier français (Frangogitonia) en est une. Il vient d’être rénové tout en préservant son charme d’antan. Grâce aux projets audacieux du maire emblématique de la ville, Yiannis Boutaris, ce quartier, situé tout près du port, révèle un côté méconnu du passé multiethnique de Thessalonique.

Un peu d’histoire moderne

Au début du XVIIIe siècle, le quartier qui s’étend de la place du Commerce jusqu’à l’avenue Egnatia, principal axe de Thessalonique depuis l’époque romaine, devient le quartier français. En 1713, la France ouvre son premier consulat. La rue où il s'installe  s’appelle encore aujourd’hui  « odos Frangon », (rue des Français), et le quartier« Frangogitonia » (le quartier des Français).

Petite ruette dans la Frangogitonia
Petite ruelle dans la Frangogitonia

Vers la fin du XIXe siècle, Thessalonique, encore sous occupation ottomane, s'affirme comme un carrefour cosmopolite dans lequel, Français, Italiens, Belges, Autrichiens ou encore Allemands cohabitent en bonne entente avec les Grecs et les communautés juive et musulmane. La ville est alors en pleine expansion et de grands projets de modernisation sont en cours dans le cadre d’une ouverture vers l’Europe de la deuxième ville de l’empire après Istanbul. La construction du chemin de fer reliant la ville avec les grandes capitales européennes, la rénovation du port, l’installation d’un tramway, les grands travaux publics au centre et dans la périphérie de la ville attirent des investisseurs, des ingénieurs, des architectes, et des commerçants de toutes de nationalités.

Epigraphe en arabe sur un batiment de Frangogitonia
Épigraphe en caractères arabes sur un bâtiment de Frangogitonia

Parmi les 7 000 Européens qui vivaient à cette époque à Thessalonique, les Français étaient prédominants. Malgré tous ces efforts et les grands projets entrepris par la Sublime Porte, l’Empire ottoman reste toujours « le Grand Malade » en ce début de XXe siècle. Son déclin et son démembrement ne sont pas loin. En 1912 l’armée grecque entre à Thessalonique, elle devient indépendant après quatre siècles d’occupation ottomane. La présence française ne diminue pas et devient, bien au contraire, encore plus présente. L’architecte et urbaniste français Ernest Hébrard, dessine  le nouveau plan d’aménagement de Thessalonique, après l’incendie de 1917 qui a brûle et ravagé la ville et surtout son centre historique, exception faite du quartier de Frangogitonia.

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L'architecture des bâtiments juxtapose des éléments français, autrichiens et grecs néoclassiques

Aujourd’hui les édifices rénovés sont les témoins du passé multiethnique de la ville, sous l’occupation ottomane comme bien après son indépendance pendant laquelle elle demeure un grand centre commercial et financier florissant. La cohabitation des commerçants aux cultures différentes prendra fin brutalement sous l’occupation allemande durant la deuxième guerre mondiale où toute activité a été arrêtée et toute une communauté, celle des Juifs grecs, a été anéantie.

Une promenade au début du siècle dernier

Commencez votre promenade par le quartier de Frangogitonia et par la place de la Bourse totalement rénovée, dominée par l’Arcade de Malakopis, conçue par l’architecte Italien Vitaliano Poselli. On y trouvait le siège de la Banque de Thessalonique, appartenant aux Allatini, grande famille d’industriels et de banquiers de la ville. Ce sont, par ailleurs, les aïeuls de laa famille Dassault, en France. L’horloge sur la façade du bâtiment est arrêtée à 23:05, heure d’un grand tremblement de terre, qui secoua la ville en 1978.

La place de Bourse avec L'Arcade de Malakopis
La place de Bourse avec L'Arcade de Malakopis

Dans les petites rues piétonnes derrière la place de la Bourse, le quartier garde son caractère ancien. Les bâtiments d’un style particulier, sont composés  d’éléments ottomans, autrichiens et surtout français. Dans ce quartier très animé, les artistes, les restaurants, les cafés et les bars ont remplacé les petits commerces de jadis.

L'entrée de l'église Catholique sur la rue Frangon
L'entrée de l'église catholique sur la rue Frangon

Sur la rue Frangon, on peut trouver la cathédrale de l'Immaculée Conception. Elle était à l'origine une église dédiée à Saint-Louis construite en 1740 par les Pères jésuites, avant d'être transformée en cathédrale en 1897 par l'architecte Vitaliano Poselli. Quelques 200 mètres vers le sud sur la même rue (qui devient Vasileos Irakliou), se trouve l’église orthodoxe de Saint Minas, considéré comme le protecteur des commerçants. Depuis le VIIIe siècle, l’église a été détruite et reconstruite à plusieurs reprises. Sous l’occupation ottomane, elle fit partie des douze églises de Thessalonique ayant préservé le culte chrétien orthodoxe alors que les autres furent transformés en mosquées. Sa dernière reconstruction date de 1890.

L'eglise orthodoxe Saint Minas
L'eglise orthodoxe Saint Minas

Près à l’église Saint Minas se situe la petite synagogue Yad la Zikharon, dite "du Marché" ou Kahal de la Plasa en ladino. Depuis 1912, le Kahal de la Plasa était le centre de prière le plus important pour les Juifs travaillant au marché et surtout dans le port de Thessalonique. Elle fut construite après le tremblement de terre de 1979 en employant des fragments d’anciennes synagogues détruites par l’incendie de 1917. Elle a ouvert ses portes en 1984 à la mémoire des victimes de l’Holocauste.

Le Conservatoire national de Thessalonique

Près de la cathédrale catholique, sur la rue Frangon, on trouve le siège le Conservatoire nationale de Thessalonique, implanté dans le bâtiment le plus imposant du quartier. Il fut construit en 1840, comme demeure du milliardaire anglais John Abbott, grand entrepreneur du Levant. En 1863 le sultan achète la résidence et y installe la Banque impériale ottomane. En 1903, des terroristes bulgares détruisent la banque, qui ouvrira de nouveau ses portes en 1904. Après la libération de la ville le bâtiment devient propriété de l’État grec qui y installe différents services publics. En 1987, la Ministre de la culture, Mélina Merkouri, cède le bâtiment au Conservatoire national de Thessalonique. Fondé en 1914, il est le seul conservatoire public en Grèce.

Dans le jardin du Conservatoire national de Thessalonique
Dans le jardin du Conservatoire national de Thessalonique

Les adresses religieuses
  • la Cathédrale de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, 19, rue Frangon, T : +30 2310 539550
  • Saint Minas, 10, rue Ionos Dragoumi
  • Yad la Zikharon, 26 rue Vassiléos Herakleiou, T : +30 2310 223231
L’adresse musicale
  • Conservatoire national de Thessalonique, 15, rue Frangon, T : +30 231 051 0551
Des achats sur la place de la Bourse
  • Assos : pour les amoureux du café grec
  • Polichroniadis : pour decouvrir la grande variété des fromages grecs
Où manger ?
  • Ta tria gourounakia (les trois cοchons) : pour decouvrir le kebab à la grecque, 7, rue Kapodistriou et Païkou, +30 2310 538609
  • Molyvos : des plats de différentes régions de la Grèce et surtout de la Macédoine, 31, rue Ionos Dragoumi, T : +30 2310 555952
© photos de l'article : Dimitrios Machairidis