« Il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe »

Corinthe est aujourd’hui connue pour son canal dont on emprunte le pont suspendu pour rejoindre le Péloponnèse, devenue de fait une île artificielle. Car avant 1893, la péninsule était rattachée au reste du continent grec par un isthme que la cité antique avait su exploiter pour en faire sa richesse. Une fois n'est pas coutume, ne nous contentons pas de traverser Corinthe mais arrêtons-nous y un peu, des deux côtés du canal.

L’histoire de la cité

Corinthe fut dans l’antiquité une ville très prospère, puissante, grande rivale d’Athènes et de Sparte, avec des colonies tout autour de la Méditerranée. À l'époque dite classique, VIe au IIIe siècle av. J.C., le commerce en Méditerranée était florissant principalement entre les colonies grecques de Sicile et de l’Italie du sud et les villes grecques de la mer Egée et de la mer Noire. Pour éviter le contour du Péloponnèse, une route de navigation « terrestre » avait été construite par les Corinthiens, un passage tracé d’abord avec des morceaux de bois, plus tard avec des grandes pierres de marbre, faisant la liaison entre les golfes de Saronique et de Korinthiakos. Les navires étaient alors « transportés » à leur sortie de l'eau sur des bers qui roulaient sur les ornières du passage, tirés par des cordages entraînés par des contrepoids. En quelques heures, les navires traversaient l’isthme. L’opération s’appelait « Diolkos » et est considérée comme le premier système de transport guidé au monde. Les taxes de passage dont Corinthe chargeait les bateaux pour l'usage du Diolkos étaient énormes. La ville s’est alors considérablement enrichie et sa vie sociale en a été dopée. S'en est suivi un développement des arts et des lettres mais aussi des techniques de construction navale et de navigation.

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Le Diolkos aujourd'hui, un passage dallé avec des grandes pierres de marbre

L'aphorisme « il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe » remonte à cet âge d'or et peut signifier tout à la fois les aléas d'un voyage maritime pour se rendre sur place, mais aussi les difficultés d'obtention du droit de séjour dans la cité grecque et surtout le coût de la vie extrêmement élevé qu'il y règnait. Tout était excessivement cher ! Même les courtisanes de la ville demandaient des prix exorbitants pour leurs faveurs. Laïs, célèbre courtisane de Corinthe, est devenue une légende de l’antiquité pour sa beauté mais aussi pour sa tarification démesurée...

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Périandre, l'un de sept philosophes grecs de l'Antiquité était de Corinthe

La construction du canal

La première tentative de construction d'un canal à cet endroit est attribuée à l’empereur romain Néron en 67. Il mobilise 6 000 prisonniers juifs mais son successeur abandonne le projet, jugé trop onéreux. En novembre 1869, l'ouverture du canal de Suez amène le gouvernement grec à faire voter une loi sur l'ouverture de l'isthme de Corinthe. Un œuvrage gigantesque qui exigea des sommes colossales. Un banquier français, Jacques de Reinach, avec un général d'origine hongroise István Türr, établissent en 1882, la Société Internationale du Canal Maritime de Corinthe, avec un capital qui est fixé à 30 millions de franc-or. L’ingénieur hongrois Béla Gerster est chargé de la réalisation de cet ouvrage. La société française dépose son bilan et une société aux intérêts grecs dirigée par Andreas Syngros, prend le relais. La mise en circulation du canal a lieu en 1894 et le premier bateau à le traverser est un navire français, le Notre Dame du Salut.

L'entrée du canal, côté mer
L'entrée du canal, côté mer

Cette prouesse technique pour l'époque offre aujourd'hui encore un spectacle incroyable, non seulement lors du passage de bateaux, mais aussi pour les sauts à l'élastique ! Le pont étant devenu un site très prisé des adeptes de haute voltige. Traversez la passerelle étourdissante et admirez le travail des ingénieurs et des ouvriers qui ont réalisé cet ouvrage. Une fois en face, direction centre ville de Corinthe connu pour ses fameux raisins.

Que voir à Corinthe ?

La ville est récente car elle fut détruite à deux reprises par des tremblements de terre, en 1858 et 1924. Il y a un grand nombre de restaurants et de cafés qui se trouvent dans le centre piéton de la ville. De quoi marquer une petite pause avant de visiter les ruines d’Akrokorinthos, l’Acropole de Corinthe. Le site est très vaste et bien différent de l'Acropole voisin d'Athènes de par sa superficie, sa topographie, qui intègre deux sommets, et surtout son aspect défensif. Dans les vestiges visibles aujourd'hui, on ne retrouve que très peu d’éléments antiques si ce n'est au somment le temple d'Aphrodite qui a servi de fondation pour la chapelle byzantine. On trouve des bâtiments romains, byzantins, francs, vénitiens et ottomans. La citadelle a été en usage jusqu'au XIXe siècle. Sur la colline « Korakou » à côté du site archéologique, le musée couvre l’histoire de la ville de l’époque néolithique jusqu’à la période byzantine.

Le réseau de murailles et de tours épouse les escarpements du relief
Le réseau de murailles et de tours épouse les escarpements du relief

Et dans les alentours

Retour en ville et départ pour Loutraki, une ville balnéaire de l’autre côté du golfe Corinthiakos, à 4 km de là. Pour arriver à Loutraki, vous allez traverser de nouveau le canal, en prenant cette fois-ci un petit pont qui se trouve à son entrée côté mer ionienne. De là vous pourrez voir les vestiges d’anciennes constructions, principalement celles de Diolkos qui ont été découvertes pendant les travaux au XIXe siècle. Le pont du canal est presque au niveau de la mer. Si vous avez de la chance vous pourrez assister à une traversée d’un paquebot de croisière !

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La plage de Loutraki et la montagne Gerania

Du coté est du canal de Corinthe, le golfe Saronique offre une pléiade de belles plages. Direction Ta Loutra tis Oreas Elenis, en français "les bains de la belle Hélène". À une dizaine de kilomètres, sur la route qui nous conduit à Épidaure, de petites plages se succèdent. D'après la lègende, la belle Hélène s’y est baignée avant son départ pour la ville de Troie. Ce dernier bain grec à laisser le nom d'Hélène à cette série de plages. Ne manquez pas de l'imiter et de vous y baigner également.

La Belle Hélène s'est baignée ici !
La Belle Hélène se serait baignée ici !

Le café « To Limanaki » tout proche, reste mon spot favori pour la qualité de son service et la vue panoramique sur le golfe Saronique.

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Au Limanaki pour un café au bord de la mer

Musée archéologique et site archéologique de Corinthe

Telephone: +30 27410 31207
Heures d’ouverture :
En hiver : 08h-15h
Au printemps et à l'automne : 08h-18h
En été : 08h-20h

Où manger à Loutraki ?

La taverne Panorama offre une très belle vue du golf Korinthiakos surtout l'après-midi. Menu avec des spécialités grecques. Elle se trouve à Agia Paraskevi entre Loutraki et le lac de Vouliagmeni. T : +30 27440 79155.

Hantres (Χάντρες en grec) offre un menu de mézés typiques. Sur la promenade Posidonos au numéro 113.

Loutra tis Oreas Elenis

To  Limanaki se trouve au numéro 111 de l'avenue Epidavrou.
T : +30 27410 34300.

Tous nos itinéraires de voyages en Grèce, incluant un passage à Corinthe.

© photo principale : Gille Messian © photos article de haut en bas : 2 &3 Dimitrios Machairidis, 4 Nicolas Buffer, 5 Marmontel, 6-7-8 Dimitrios Machairidis